Pour sa 11e édition du Bullapivaut, Pivaut confie le rôle de parrain à Brüno, figure majeure de la bande dessinée contemporaine. Scénariste et auteur au trait reconnaissable entre tous, le dessinateur vient accompagner une nouvelle génération d’étudiants autour d’un thème ambitieux des « Pulsions« . Entre transmission, exigence narrative et regard d’expert, une édition 2026 toute particulière.
L’élaboration du Bullapivaut
L’organisation de cette édition s’est construite dans un esprit de mise en valeur du travail étudiant, avec un accompagnement attentif des équipes pédagogiques et la présence du parrain Brüno. À ce titre, le directeur Alexis Venet a tenu à adresser un message fort à l’occasion de cette 11e édition :


« Je tiens à exprimer ma gratitude à Monsieur Brüno pour avoir accepté d’être le parrain du 11 ème Bullapivaut. Ce fut un honneur de l’accueillir et je vous encourage vivement à lire ou relire l’ensemble de ses oeuvres en livres, notamment son ouvrage Dakota 1880, un hommage à Lucky Luke. J’exprime ma profonde gratitude à nos étudiants talentueux de l’école Pivaut Nantes pour leurs magnifiques planches de bande dessinée présentées lors de ce onzième Bullapivaut. Vos créations témoignent de votre talent et de votre créativité exceptionnels et je suis certain que vous en êtes fiers.«



Autour de cette édition, le travail a aussi été mené avec Emmanuel Petard, Benoît Springer et Thierry Maunier, dans une logique de transmission et de finition qui a accompagné les étudiants jusqu’au choix du chemin de fer du livre, puis de la couverture, avant la dernière phase de finalisation.
L’interview de Brüno, sans retouche
Le parrain de cette édition a accepté de répondre aux questions de Pivaut autour de son parcours, de son rapport à la BD et de son regard sur le travail des étudiants :
Bonjour Brüno, as-tu fait une école de dessin avant de te lancer dans le métier ?
Oui et non. J’ai fait des études d’arts plastiques à la fac. Mais cela ne m’a pas beaucoup aidé disons, techniquement parlant. En revanche, j’y ai rencontré des passionnés de BD qui m’ont permis de réaliser mes premiers livres.
Quelle est ta première émotion en tant que lecteur en bande dessinée ?
Dans une médiathèque, un fou rire en lisant Rubrique-à-Brac de Gotlib. Et les émotions furent nombreuses, au fil de mes lectures. Ce média, atypique et parfois mésestimé, avec son aspect hybride qui mélange cinéma et littérature, m’a toujours passionné.
Reprendre Lucky Luke, un mythe de la bande dessinée, n’a pas dû être une mince affaire ?
C’était surtout très plaisant puisque cela m’a permis de retravailler avec Appollo, et sur une série que nous adorons tous les deux. Nous avions des choses à dire sur le personnage et sur le western, ce qui nous permettait d’éviter de produire un hommage impersonnel. Quant au dessin, j’aime celui de Morris, et je partage son goût pour la synthèse graphique, mais nos registres sont assez différents. Du coup, j’ai fait mon truc de manière candide, sans pression, si ce n’est celle de mon propre dessin.

Que penses-tu de ta collaboration avec nos étudiants en bande dessinée de Pivaut ?
C’est toujours très intéressant et très stimulant de se confronter à des univers et des styles qui sont différents des miens. J’apprécie d’essayer d’aider des auteurs et des autrices à améliorer leur sens de la narration, en partageant ma boîte à outils pour trouver des solutions narratives et graphiques. Les échanges furent constructifs et les résultats très réussis, surtout au vu du thème (pulsions) qui n’était pas facile à s’approprier (mea culpa).
Est-ce que tu as un conseil à donner à un jeune qui débute en BD ?
Être curieux et se nourrir graphiquement et narrativement à un nombre de sources les plus variées possibles (BD, films, livres, photos, peinture…).

Un parcours salué par les prix et la critique
Né en 1975 en Allemagne, Brüno, de son vrai nom Bruno Thielleux, s’est imposé depuis plus de vingt-cinq ans comme l’un des auteurs les plus singuliers de la bande dessinée franco-belge avec un trait immédiatement identifiable. Formé par un passage à l’école Estienne, et poursuivant avec une maîtrise d’arts plastiques à Rennes, il publie ses premiers albums en 1996 avant d’enchaîner les collaborations marquantes, d’abord avec Fatima Ammari-B, puis avec Pascal Jousselin, Appollo et surtout Fabien Nury. Son univers navigue entre polar, western et science-fiction inspiré par les ambiances de la culture pulp et des polars hard-boiled.
Sa carrière est jalonnée d’ouvrages devenus incontournables, parmi lesquels Nemo, Biotope, Commando colonial, Inner city blues, Les aventures de Michel Swing, Vintage and Badass, Poisson Pilote, Atar Gull, Tyler Cross, Pornopia, Le Petit livre Black, L’homme qui tua Chris Kyle ou encore Junk. Plusieurs de ses livres ont été distingués : Atar Gull a notamment été récompensé par le prix Bulles de cristal 2013 et a figuré parmi les sélections remarquées du festival d’Angoulême ; Tyler Cross lui a valu le Prix de la BD Fnac 2014. Son travail salué par la critique pour sa capacité à revisiter les codes du genre tout en gardant une forte exigence graphique et narrative, lui a permis de conquérir un large public.
Installé à Nantes, Brüno reste aujourd’hui une voix majeure de la BD contemporaine. Sa présence comme parrain du 11e Bullapivaut s’inscrit donc dans une logique naturelle : celle d’un auteur qui, par son parcours et son exigence, incarne la transmission autant que la liberté de ton. Pour les étudiants de Pivaut, c’est une reconnaissance précieuse et une occasion de construire un ouvrage grâce au dialogue entre générations.