Défier la prophétie
Dans un souffle tragique et onirique, L’Oracle redéfinit le court-métrage dramatique en 5 minutes 18 secondes où une jeune oracle tente de lutter contre une prophétie funeste. Ce film d’animation étudiant emprunte aux codes de la tragédie grecque et leurs héros pour s’interroger sur le poids des actes d’aujourd’hui sur les destins de demain. Les réalisatrices Carla Vallet-Hemon, Lou Voyau et Emma Rollandeau structurent leur récit autour de l’Oracle souhaitant changer son avenir sans pouvoir empêcher des évènements : « Cependant ses actions auront des conséquences et influenceront l’avenir des prochaines Oracles. »

Le parti-pris narratif mise sur peu de personnages, un point de vue centré et une montée progressive de la tension afin que chaque image porte la charge dramatique. En résulte un mélange de sacralité et d’inquiétante étrangeté, où l’échec individuel se transforme en héritage collectif.

L’esthétique au service du mythe
La direction artistique de L’Oracle est son manifeste : temples épurés, forums romains architecture antique épurée tandis que l’essentiel est laissé aux ambiances colorées. Les décors, réalisés à l’aquarelle et à la gouache, jouent sur l’opacité et la transparence (textures papier visibles, lavis délicats) avec un aspect onirique et contrastent avec des visions aux couleurs saturées pour traduire la folie prophétique et briser l’harmonie. La palette des couleurs et notamment les teintes du ciel varient pour suivre la chute psychologique de l’héroïne.


Sur la chaîne technique, le film mêle tradition et techniques numériques : Storyboard Pro et Toon Boom Harmony pour l’animation, Procreate pour les décors préparatoires, After Effects et Premiere Pro pour le compositing et l’étalonnage. Ce mélange de techniques illustre parfaitement la pédagogie contemporaine de l’animation 2D : maîtriser le geste traditionnel tout en l’amenant dans un pipeline numérique professionnel.

La bande-son comme moteur dramatique
La bande sonore, composée par Maximilien Givel, est conçue comme un personnage à part entière : seul instrument utilisé, le piano module l’intensité du film. Un leitmotiv, discret puis dissonant pour amplifier le malaise lors des visions. Lors des passages calmes, la musique s’efface parfois complètement pour laisser la place au silence afin de retranscrire la solennité du lieu sacré et la solitude de l’Oracle. Ce parti pris sonore radical, sert la dramaturgie du film et souligne le contraste entre la réalité du récit et les visions prophétiques.
« Nous avons aussi défini des thèmes musicaux pour chaque personnage, qui se jouent lorsqu’une scène se focalise sur l’un d’entre eux« explique l’équipe de réalisation.
L’Oracle est à la fois un exercice de style et une proposition sensible sur la responsabilité individuelle face à l’avenir. Court métrage d’auteur, il montre la capacité des rélisatrices à penser un dispositif complet (image, son, textures traditionnelles et pipeline numérique) pour porter une idée forte.




