Plonger dans le Bronx des années 1970 pour raconter l’émergence d’une culture devenue mondiale : avec 1520 Sedgwick Avenue, Louise Plichon, Romain Lavigne, Macéo Brulin et Benjamin Jouin signent un court métrage d’animation où musique, recherches historiques et techniques graphiques se rencontrent. Retour sur les coulisses de sa création.
Plonger dans le Bronx des années 70
Été 1977. Une panne de courant géante plonge le Bronx dans une nuit de confusion et d’émeutes. Au milieu du tumulte, Wayne, 17 ans, s’empare d’une platine avec laquelle il espère pouvoir s’exprimer à travers la musique. Le lendemain, dans un quartier marqué par les événements de la veille, ses expérimentations avec les disques l’amènent à découvrir le scratch.
C’est dans ce contexte que prend forme 1520 Sedgwick Avenue, réalisé par Louise Plichon, Romain Lavigne, Macéo Brulin et Benjamin Jouin dans le cadre de leur diplôme de fin d’études en Cinéma d’Animation 2D à Pivaut.
À l’origine du projet, les réalisateurs expliquent être partis de leur fascination pour les débuts du hip-hop et pour la manière dont cette culture a émergé dans un environnement marqué par la marginalisation et la précarité. Leur intention n’est pas de revendiquer cette histoire comme la leur, mais de rendre hommage à une culture avec laquelle ils ont grandi et qui continue de les accompagner aujourd’hui.
Le projet s’intéresse particulièrement à cette capacité à créer à partir de peu : une platine, un mur, une cour d’immeuble ou du matériel récupéré deviennent autant de supports d’expression. Les personnages ont également été pensés pour évoquer la diversité du Bronx et différents piliers de la culture hip-hop.


Construire l’identité graphique de 1520 Sedgwick Avenue
Dès les premières recherches, l’équipe imagine un film inspiré de l’esthétique des années 70 et 80. Leur volonté est de créer un univers mix media, mêlant numérique et techniques plus traditionnelles, tout en variant les traitements graphiques.
La conception passe d’abord par un important travail de documentation. Photographies du Bronx, architecture urbaine, scènes de rue, vêtements, coiffures, graffiti, platines ou encore vinyles nourrissent progressivement l’identité du film. Les recherches graphiques explorent ensuite différentes pistes, entre compositions colorées, textures picturales, formes plus abstraites et silhouettes très affirmées.
La couleur occupe également une place essentielle. Les recherches montrent des contrastes marqués entre teintes chaudes, rouges et orangées, violets profonds ou encore bleus électriques. Cette palette accompagne les différentes ambiances du film et participe à donner au Bronx une identité visuelle très forte.
Les personnages font eux aussi l’objet de nombreuses explorations. Les croquis permettent de tester les proportions, attitudes, expressions et silhouettes avant d’arriver à des designs plus définis. Les corps très allongés, les vêtements amples et les coiffures participent directement à l’ancrage visuel du film.
Le même travail est mené sur les décors. Les premières recherches au trait s’intéressent aux rues, façades, intérieurs et objets du quotidien avant d’être progressivement transformées en environnements complets. Le Bronx devient ainsi un véritable élément du récit, avec des ambiances qui évoluent entre scènes diurnes plus lumineuses et séquences nocturnes aux tonalités beaucoup plus sombres et saturées.



Faire dialoguer animation, matières et musique
L’identité de 1520 Sedgwick Avenue ne repose pas uniquement sur le dessin des personnages ou la construction des décors. Le projet intègre également de nombreuses recherches autour des textures, incrustations et matières graphiques.
Graffitis, vinyles, références musicales ou textures peintes viennent enrichir l’image et renforcer son aspect hybride. Le dossier de fabrication montre également des expérimentations autour de la pellicule, avec des formes lumineuses, des silhouettes et des tracés graphiques qui rappellent des ondes ou des vibrations.
Cette approche rejoint directement l’intention initiale du projet : mélanger techniques numériques et traditionnelles plutôt que rechercher un rendu entièrement uniforme.
La musique occupe également une place centrale dans le film. Elle ne constitue pas seulement le sujet du récit : elle participe aussi directement à sa mise en scène. Les réalisateurs souhaitaient que les personnages et les décors puissent répondre au rythme et s’animer en conséquence.
La musique originale a d’ailleurs été composée par Macéo Brulin, également coréalisateur du court métrage. Ce lien étroit entre création sonore et création visuelle renforce la cohérence d’un projet entièrement construit autour de l’expression musicale.
Les recherches graphiques autour du disque, des vibrations et des mouvements permettent ainsi de faire de la musique une véritable matière visuelle.



Du travail préparatoire à l’image finale
D’une durée de 5 minutes 52, 1520 Sedgwick Avenue est le résultat d’un processus de fabrication mêlant plusieurs outils et techniques. L’équipe a notamment travaillé avec Toon Boom Harmony, Photoshop, After Effects, Premiere Pro et Blender, auxquels s’ajoutent des expérimentations autour de la pellicule et de la photographie.
Les dernières étapes permettent de réunir l’ensemble du travail effectué en amont : recherches historiques, character design, décors, couleurs, textures, animation et musique.
Le dossier de création permet notamment de suivre la transformation progressive des décors : des premiers croquis de rues et d’intérieurs jusqu’aux environnements colorés puis aux plans définitifs du film.
Cette progression donne à voir tout le travail qui se cache derrière quelques secondes d’animation. Chaque élément passe par plusieurs étapes de recherche avant de trouver sa forme finale.
À travers Wayne et son désir de s’exprimer par la musique, les quatre réalisateurs proposent ainsi un hommage graphique aux débuts du hip-hop et à cette capacité à inventer de nouvelles formes d’expression à partir de son environnement.
Avec 1520 Sedgwick Avenue, le making-of montre surtout à quel point l’identité finale du film repose sur tout ce travail préparatoire : recherches historiques, dessins, expérimentations graphiques, textures et musique se combinent progressivement pour construire un univers cohérent et singulier.



De la documentation historique aux recherches graphiques, du character design aux décors, en passant par les textures, la pellicule et la musique, 1520 Sedgwick Avenue s’est construit à travers de nombreuses expérimentations. Un travail qui permet au film de développer une identité visuelle forte tout en rendant hommage aux débuts du hip-hop et à l’énergie créative du Bronx des années 1970.
Découvrez maintenant 1520 Sedgwick Avenue dans son intégralité sur la chaîne YouTube de Pivaut :