Waya est court-métrage d’animation réalisé par Lelievre Yu, Moal Thibaut et Bosseau Lorianne, mettant en scène durant 7 minutes et 5 secondes un jeune berger Aiden, confronté à son grand-père Ulrich, figure rude, épuisée par des années de labeur, incapable de céder du terrain au moment où l’enfant cherche à exister dans la bergerie comme dans la relation familiale.
Une histoire de troupeau, de silence et d’émancipation
Au premier regard, Waya s’ancre dans une situation simple : un petit-fils aide son grand-père à garder un troupeau de moutons. Mais très vite, le film dépasse le cadre pastoral pour devenir le portrait d’un conflit générationnel. Ulrich, marqué par le travail et le repli sur soi, dirige sans patience et avec une forme de dureté qui laisse peu de place à Aiden qui à son tour se referme sur lui même.

Le cœur du film se trouve précisément dans cette tension : comment prendre sa place quand l’autorité familiale ne le permet pas ? À travers plusieurs épreuves, le court-métrage remet en question l’héritage familial puis la relation entre les deux personnages et fait émerger une interrogation plus large sur la transmission, la responsabilité et la nécessité, parfois, de laisser la nouvelle génération prendre le relais.


« Sur une idée de Yu, le film Waya est né sur une inspiration de ses grands parents, voulant évoquer la différence de mentalité entre générations, pouvant parfois être source de conflit et de distance. » explique l’équipe de réalisation annonce avec pour ambition de parler de l’émancipation vis-à-vis des anciennes générations. Le propos est délicat, jamais frontalement démonstratif. Il s’inscrit dans un récit de proximité, où les gestes, les regards défiants et les silences pesants comptent autant que les mots.






Mise en scène contemplative et rupture sensorielle
« L’ambiance du film se voulait être douce et contemplative, nous avons donc travaillé ensemble pour arriver à un résultat harmonieux à travers les différents aspects du film. » décrit l’équipe à l’origine du court-métrage qui propose ainsi de grands espaces, une atmosphère douce et une lecture psychologique des personnages. Loin d’un drame appuyé, Waya cherche à installer le spectateur dans une temporalité respirée, presque suspendue, afin de mieux faire ressentir l’inconfort du jeune berger.






Cette approche trouve un écho direct dans la direction artistique. L’équipe de production a utilisé des logiciels tels que Toon Boom Harmony, After Effects, Premiere Pro, Photoshop, Blender, Storyboard Pro afin de créer un univers propice au récit explosif de Waya. Le character design, par exemple, d’abord pensé de manière collaborative puis finalisé par Thibaut, joue sur un langage de formes géométriques qui traduit visuellement la différence de personnalités des protagonistes. Les décors, confiés à Lorianne, prolongent cette intention avec de vastes paysages et des palettes éclatantes, nourries d’influences assumées, entre la lumière de Calamity et certains ciels vibrants de My Hero Academia. L’objectif était de « donner naissance à un paysage doux et grandiose ancrant le récit dans un univers au service de la narration » expliquent les anciens étudiants de Pivaut.






Waya a un passage plus expérimental, marqué par des déformations, une palette perturbée, des dissonances et une accélération de l’action. Cette séquence, centrée sur la confrontation avec le loup, fait basculer le récit dans une zone d’angoisse et de doute. Le contraste volontaire permet de matérialiser la crise intérieure d’Aiden sous pression et de faire surgir, brusquement, ce qui restait jusqu’ici contenu.




Une bande-son sous tension
Le travail sonore occupe une place essentielle dans Waya. « Un sound-design précis, créé dès le début de production, a permis un ancrage de nos personnages dans leur environnement » décrit l’équipe de réalisation. Avec l’aide d’Appleheart, musicien et ingénieur du son nantais, l’équipe a choisi de privilégier un sound design précis, minimaliste et immersif. L’idée était de renforcer le sentiment de présence et faire du son un véritable prolongement de l’espace et des émotions.


La musique, créditée à Allastair Murray alias Appleheart, repose sur des nappes d’accords énigmatiques, des sons d’oiseaux et des textures naturelles. Elle accompagne le quotidien des personnages sans jamais l’écraser, avant de se densifier dans la scène de confrontation. À ce moment-là, la composition devient plus prenante, les sonorités saturant le champ audio et se mêlant aux grognements du loup et aux cris d’Ulrich. Ce basculement sonore renforce la rupture dramatique et accompagne la montée de panique du héros. La voix d’Ulrich est par ailleurs interprétée par Jean-Claude Pubert et Louis Cazalisicgh et Lara Lehuen prête sa voix au personnage d’Aiden.

La production a rencontré des obstacles en raison de l’absence de profils spécialisés en préproduction et en concept art, et c’est pourtant précisément dans cette difficulté que par l’entraide, la cohésion et la volonté commune de faire naître un film personnel et abouti qu’est sorti Waya.

Waya est un court-métrage d’animation 2D prometteur, porté par une écriture émotionnelle précise, une identité graphique maîtrisée et une conception sonore ambitieuse. Un film qui parle moins de moutons que de transmission, moins de la gestion de la bergerie que de passage de relais, et qui devrait trouver sans peine sa place auprès d’un public ado-adulte sensible aux récits d’animation contemplatifs et introspectifs.