Et si Alice ne poursuivait plus seulement un Lapin blanc, mais se retrouvait confrontée à des vampires, des créatures nocturnes et des univers aussi inquiétants que fascinants ? Avec WonderLand, les étudiants de deuxième année de la section Bande dessinée de Pivaut Nantes s’emparent librement de l’œuvre mythique de Lewis Carroll pour proposer un recueil collectif riche en récits et en identités graphiques.
Alice au pays de nouvelles merveilles
Publié en 1865, Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll continue, plus de 160 ans après sa parution, de fasciner et d’inspirer des générations d’artistes. Son univers peuplé de personnages énigmatiques, de situations absurdes et de mondes défiant les règles de la logique constitue un formidable terrain d’exploration pour la création contemporaine.
C’est autour de cette œuvre emblématique que les étudiants de deuxième année de la section Bande dessinée de l’École Pivaut Nantes ont été invités à développer leur propre imaginaire.

Réalisé sous la direction d’Alexis Venet et Laurent Gély, WonderLand rassemble huit récits très librement inspirés de l’univers créé par Lewis Carroll. L’enjeu n’était pas de reproduire l’histoire originale, mais au contraire de s’en éloigner, d’en détourner les codes et de s’approprier ses thèmes pour construire de nouvelles propositions narratives et graphiques.
Dès la couverture, une question donne le ton : « Et si Alice se battait contre les vampires ? »
Une accroche qui résume à elle seule toute la liberté créative du projet. Dans WonderLand, les frontières du célèbre Pays des merveilles volent en éclats. Alice change de visage, traverse de nouveaux décors et se confronte à des univers parfois fantastiques, inquiétants, poétiques ou résolument contemporains.


Le rêve, l’absurde, la perte de repères et l’étrangeté, si caractéristiques de l’œuvre originale, deviennent ainsi le point de départ de nouvelles histoires. Chaque étudiant puise dans cet héritage commun pour imaginer son propre monde et développer une interprétation profondément personnelle.
Huit histoires, huit identités artistiques
WonderLand réunit les créations de huit étudiants : Héroïne & vampires de Thibaut Barbarit, Berlin angel de Juliette Buttigieg, L’heure du thé de Gabriella Coumau, Alice au pays des grenouilles d’Eliott Ferré, Celle qui fuit la nuit de Sonia Figueiredo, Alice, vampires & préfou de Noah Montagne, La souricière de Cassandre Soucheyre et Rory’s secret d’Audrey Ursely.
Au fil des pages, le lecteur découvre autant d’univers que de sensibilités artistiques.


Certains récits font le choix du noir et blanc et de contrastes puissants, tandis que d’autres explorent des palettes chromatiques plus douces, nocturnes ou expérimentales. Les compositions, le découpage des planches, le traitement des personnages et les rythmes narratifs évoluent d’une histoire à l’autre.
Les influences se croisent également. Certaines planches empruntent aux codes du manga, d’autres développent des compositions plus contemplatives, des ambiances graphiques fortes ou encore des mises en scène particulièrement dynamiques.
Cette diversité constitue toute la richesse de WonderLand. À partir d’une même œuvre et d’un même point de départ, huit imaginaires prennent forme.
Alice et son univers deviennent alors presque un prétexte à la création. Les références familières se transforment, les personnages évoluent et le merveilleux rencontre de nouveaux genres et de nouvelles influences.
Le lecteur passe ainsi d’un récit à l’autre comme Alice traverserait différents mondes : sans jamais savoir exactement ce qui l’attend de l’autre côté de la page.


Un projet collectif pour apprendre à raconter en images
Au-delà du recueil, WonderLand témoigne du travail de création et d’expérimentation mené par les étudiants de la section Bande dessinée.
Concevoir une histoire courte constitue un exercice particulièrement exigeant. En quelques pages seulement, il faut être capable d’imaginer un concept, de construire un univers, de développer des personnages et de proposer une narration suffisamment claire et efficace pour entraîner le lecteur dans l’histoire.
À ces enjeux narratifs s’ajoute tout le travail graphique propre à la bande dessinée : recherches visuelles, création des personnages, choix des cadrages, composition des cases, découpage des planches, gestion du rythme et développement d’une identité artistique cohérente.
Le projet permet ainsi aux étudiants de mobiliser leurs compétences techniques tout en affirmant progressivement leur propre écriture graphique.


Le choix d’une œuvre aussi universelle qu’Alice au pays des merveilles offre également une contrainte particulièrement stimulante. Chaque étudiant part d’un imaginaire connu, riche de références, mais doit parvenir à s’en détacher pour construire une proposition originale.
C’est précisément dans cet équilibre entre héritage et liberté que réside la force de WonderLand.
Le projet collectif devient un espace d’expérimentation dans lequel chacun peut développer son univers tout en participant à une œuvre commune. Réunis au sein d’un même recueil, les huit récits offrent ainsi un aperçu de la diversité des sensibilités, des techniques et des écritures graphiques développées par les étudiants.
Plus de 160 ans après sa première publication, Alice continue donc de tomber dans le terrier du Lapin blanc. Mais sous les crayons des étudiants de Pivaut Nantes, personne ne peut véritablement savoir où la chute la conduira.
Une chose est certaine : dans WonderLand, le Pays des merveilles n’a pas fini de se réinventer.